Adieu Paris


Un vieux bistro parisien au charme éternel. Huit messieurs à table, huit grandes figures. Ils étaient les « rois de Paris »… Des trésors nationaux, des chefs-d’œuvre en péril. Un rituel bien rodé… Un sens de l’humour et de l’autodérision intacts. De la tendresse et de la cruauté. Huit vieux amis qui se détestent et qui s’aiment. Et soudain un intrus…


L’art de la fin

Note : 2 sur 5.

Les traditions ne sont plus ce qu’elles sont, notamment lorsque l’on approche de la fin d’un cycle, si toutefois nous ne l’avons pas déjà accepté. C’est dans cette direction hasardeuse et bavarde, qu’Edouard Baer vient signer un quatrième long-métrage, teinté d’un cynisme théâtral comme il les aime. Mais c’est également à la forte association avec la scénariste Marcia Romano (De son vivant, Suprêmes, L’Événement), que sa relecture d’un groupe masculin semble couvrir assez d’archétypes pour en disséquer les failles. Et sachant que cette coquette réunion dînatoire entre amis descend directement du vécu du cinéaste, il y a de quoi interpeller quant au caractère sacré et obsolète d’une élite parisienne. Conscient de ses propos, Baer délivre un discours de rupture avec ce monde et ceux de sa génération qui la composait, cette fois-ci en invitant ses nouveaux amis et collègues à surmonter cette étape, un verre à la main et une lame aiguisée dans l’autre.

Mais quel est donc réellement cet adieu, si cher au réalisateur, que le récit ne cesse de sonder et de démontrer ? L’art de la table, c’est également un passage par l’art d’un simple café dans un bistrot, celui qui finit par étaler les couverts et de se laisser emporter par le verre de trop. Tout cela conduit à un repas qui ne suit aucun fil rouge, si ce n’est pour les multiplier et les greffer à d’autres propos. Oui, c’est aussi farfelu qu’une soirée en famille, où l’on adore se détester et c’est avec cette affection que les personnages sont dirigés. Le contre-coup de cette manœuvre perd rapidement en intensité, dès lors que l’intrus entre en collision avec le groupe. Ne pouvant partager une simple divergence d’opinions ou un quignon de pain avec des hôtes vieillissants et embourbés dans leur confort, le spectateur l’est tout autant, assis au fond de son siège, en attendant que la boutade fasse son œuvre, si jamais elle trouve preneur.

Nous aurions pu nous réconforter, de voir s’exprimer autant de cadors dans le même cadre, mais jamais ils ne se démarquent. Le concept même d’une conversation au coin de la table a déjà réussi à surprendre, en pensant notamment à « La Grande Bouffe », « Festen » et « Perfetti sconosciuti ». Mais sachant autant de comédiens, comme de cadreurs en roue libre, il n’est pas aussi plaisant ou nécessaire de nous inviter à trinquer. Nous comprendrons aisément comment des personnages deviennent plus aigris, d’autres plus effacés ou dans l’ombre d’une jeunesse perdue, mais tout revient sur la thématique de la fin, d’une mort inévitable, dans un avenir proche. Elle se lie intimement avec une rupture nostalgique, en prenant soin de tailler une mélancolie sur-mesure, pour des hommes qui tentent de panser une douleur par des mensonges.

« Adieu Paris » représente un lot de traditions, brisées par le temps et le manque de repères. C’est une page qui se tourne en échange d’un monde, peut-être encore inexploré, pour ceux qui ont encore assez d’appétit pour se servir. Malheureusement, c’est à travers de nombreuses maladresses que l’on se donne rendez-vous, au coin du bar ou à table. Ainsi, nous ressentirons toujours le contre-champ de cette expérience, qui manque de convier le cinéma comme débat pertinent ou comme plat de résistance.


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