Atlantic Bar


A l’Atlantic Bar, Nathalie, la patronne, est le centre de l’attention. Ici, on chante, on danse, on se tient les uns aux autres. Après la mise en vente du bar, Nathalie et les habitués se confrontent à la fin de leur monde et d’un lieu à la fois destructeur et vital.


Les derniers jours d’une saison

Note : 3.5 sur 5.

Dans un petit quartier d’Arles, le soleil remplit rapidement les coupes de ceux qui se lèvent tôt pour la boire. Malheureusement, même ce pur moment de bonheur possède ses limites. Fanny Molins nous emmène à l’Atlantic Bar, en toute intimité, développant ce fort sentiment que l’on pourrait tous associer à ce sanctuaire dont on aura l’habitude d’aller s’y réfugier. C’est dans une agonie financière qu’on découvre les visages des propriétaires, au sang chaud, mais d’une générosité et d’une simplicité des plus agréables. De même que leurs clients les plus fidèles, chacun y laisse les traces de son passage, dans un discours spontané et sincère, reflétant toutes les nuances des personnalités présentes.

Nathalie et Jean-Jacques écoutent et chantent du Johnny, avec toute l’ivresse qui fait d’eux les hôtes les plus remarquables, dans un coin qui cache également des fêlures émotionnelles. Chacun y va de ses petites anecdotes, mais le sens du montage et le cadrage de la réalisatrice nous invite à prendre la bonne distance pour s’imprégner de leur histoire. Qu’elle soit hilarante ou poignante, c’est d’abord une joie de vivre qui se dégage de leur témoignage. Leur vie est faite d’allers et de retours, tout comme les clients qui s’en vont et reviennent, au rythme de la marée. Certains jouent aux cartes, dégustent leur pastis avec une modération propre à leur élan poétique et d’autres se remémorent des passages douloureux, qui les placent entre deux mondes, séparés par la porte du bar.

Ils sont rescapés dans une arche de Noé qui arrive au bout de son voyage, mais ils s’expriment à cœur ouvert, en faisant l’état des lieux de leur vie, sans pour autant plier bagage. Ce n’est pas une fuite ou un abandon qui est à l’œuvre. Cela tiendrait d’une célébration, entre l’espoir de gagner aux jeux de hasard pour satisfaire des créanciers, semble-t-il trop pressés pour ne pas être à l’écoute, et un peu plus loin cette coquetterie si chère à Nathalie, qu’elle use pour rassembler la foule autour de son énergie. Celle qui tient la baraque de bout en bout est également celle qui aura un lourd fardeau à porter, comme le deuil d’un proche ou encore son rapport à l’alcoolisme. Si on sent souvent joueuse et provocatrice, cette dernière ne manque pas de lucidité et nous le fait comprendre instantanément.

La vie est faite de marées hautes et de marées basses dans ce « Atlantic Bar », où le service est personnalisé et où le café partagé sera un fragment de plus, afin de bâtir des souvenirs solides sur un lieu de rencontres, parfois nécessaires pour les habitants qui en tirent toute une vitalité. Ce n’est pas assez pour eux cependant, ce qui se lit clairement dans leur regard désenchanté, que l’on capte furtivement, l’instant d’une pensée qui se tourne vers la nostalgie et qui appelle la tristesse à se manifester. Ce documentaire réussit donc à capter la solitude du bar, sans pour autant négliger le cadre de vie, qui est fait de chair et de sang, comme le souligne Nathalie, dans un geste simple, une cigarette à la main. Le soleil n’est donc pas près de quitter cette communauté soudée, qui semble avoir accepté la fatalité, mais ils ne manqueront jamais plus de rien, car le mot de la fin aura synthétisé toute cette odyssée : « La porte de derrière sera toujours ouverte ».


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