Blue Bayou


Antonio LeBlanc, d’origine américano-coréenne, a été adopté et a passé sa vie dans un petit village du Bayou de Louisiane. Il va devoir affronter les fantômes de son passé en apprenant qu’il risque d’être expulsé du seul pays qu’il ait jamais considéré comme le sien.

« I chose you »

Note : 2.5 sur 5.

Avant même de lisser le portrait de ses personnages, Justin Chon (Ms. Purple, Gook) adore confronter les richesses culturelles issues de l’immigration, s’opposant inconsciemment au mode de vie américain, auquel nous pourrions aspirer. Il ne le sait que trop bien, des failles juridiques planent dans certains états, déjà laissés pour compte, où la plupart des habitants tentent vainement de s’arracher le statut Américain, comme pour justifier le droit d’exister sur le sol de toutes les rêveries. Cela ne concerne donc pas la Nouvelle-Orléans, dont l’appétence pour la violence et les délits ne cessent de croître. Mais la réalité est ailleurs. Le réalisateur nous emmène au sein d’une famille en cours de construction et qui, malgré les obstacles qu’on lui impose, semble pouvoir encaisser les névroses locales.

En ouvrant sur un entretien d’embauche déroutant, le film ne cache pas sa zone d’espérance, limitée par le refus catégorique d’accorder une seconde chance à Antonio LeBlanc (Justin Chon). Lui, qui n’a de cesse d’illustrer une entité indésirable, il fait l’objet d’un débat sur l’infanticide et d’une déportation massive, due à la faille d’une loi non rétroactive, reconnaissant la nationalité américaine. Il sera question de justifier son identité, au sein même d’une communauté qui ne gagne pas à être honnête ou bienveillant. Mais au-delà de la haine et de la violence qui s’y dégagent, la représentation d’un père, d’un fils et d’un ami préoccupe Antonio. En brassant le maximum de problématiques, liées à sa situation ambiguë, l’intrigue ne lésine pas sur l’excès, jusqu’à alourdir ses arguments les plus pertinents. Mais la performance des comédiens efface une partie de ce mélodrame qui plébiscite l’émotion larmoyante, notamment dans son ultime chapitre, évidemment déchirant.

Prouver sa nécessité dans son entourage devient commun aux enjeux juridiques et familiaux qui l’appellent en urgence. Sa femme Kathy (Alicia Vikander), a la voix douce, mais hurle de douleur dans cette transition qui perturbe l’harmonie qu’elle semblait enfin atteindre. Sa loyauté est incontestable, mais il ne s’agira pas seulement de la convaincre. Un bébé en route et une petite Jessie (Sydney Kowalske), qui se heurte à la déchirure de sa famille, tous les feux ne baignent pas dans la subtilité, mais l’on aura au moins une poignée de sincérité pour nous réconforter. C’est pourquoi une hasardeuse rencontre avec la vietnamienne Parker (Linh Dan Pham) est à double tranchant. L’introspection d’Antonio le renoue ainsi avec ses racines asiatiques, mais cela ne sera vu et accepté à travers des flashbacks incessants et quelques minutes d’évasions autour d’une fleur de lys. Sa présence, tout comme sa réception sera tout aussi énigmatique et fantomatique, dans le bon sens du terme si seulement on n’achevait pas tout le potentiel culturel qui s’en dégage.

L’esprit familial et de camaraderie prend donc un coup dans la rêverie, à mi-chemin de l’authenticité dont semble vouloir se rapprocher Chon, avec son « Blue Bayou ». Avec un peu de sang-froid, il garantit toutefois un instant délicat et délicieux, le temps d’une étreinte, d’une empathie et d’un amour, que l’on ne repoussera pas. Le faux rythme du récit aurait ainsi pu gagner en efficacité, si l’on avait choisi d’affiner davantage la mise en scène, convenue mais qui ne manque pas d’énergie lorsqu’il se laisse diriger par la détresse. Doit-on y voir une sorte d’acceptation ou bien une lutte qu’il convient d’entretenir ? Le film se tient à la frontière de cette question évasive.

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