Dracula (1931)


Renfield, chargé de conclure une transaction imobilière avec le comte Dracula, se rend dans son château des Carpathes, où l’aristocrate, qui s’avère être un vampire, va l’hypnotiser pour le mettre sous ses ordres. Débarqué en Angleterre, Dracula ne tarde pas créer de nouveaux semblables parmi la société locale en commençant par la jeune Lucy, fille du directeur de l’asile…


Qu’on lui serve du vin !

Note : 3 sur 5.

Il est difficile de passer derrière le « Nosferatu » qui marque encore des générations pour sa poésie et ses émotions qui savent malmener les spectateurs. Mais le cinéma connaît une révolution en inaugurant les premières œuvres parlantes. Bien que ce ne soit pas à la hauteur du film précédemment cité, ce nouvel essai marque un point intéressant dans sa démarche qui vise à porter une saga en devenir. Le réalisateur Tod Browning a proposé de bons divertissements, dont « L’Inconnu », « Le Talion » et « Iron Man » qui méritent le détour pour leur écriture. Il adapte ensuite le roman de Bram Stoker, où il perce par la qualité de l’image et de l’interprète du personnage principal.

Le Comte Dracula est campé par un Béla Lugosi très charismatique et très convaincant. Il inspire la peur grâce à son jeu de regard légendaire et parvient essentiellement à rendre crédibles les scènes les plus sombres, s’apprêtant au thème de l’épouvante. Il s’agit d’un cauchemar visuel que le chef opérateur Karl Freund nous propose et il nous convie à cette longue soirée, arrosée d’une énergie vitale à l’attachement sentimental. Au-delà de la frayeur qu’induit le vampire, l’état d’esprit se prête davantage au romantisme et le récit le souligne par un conflit singulier pour une femme. Mina Seward (Helen Chandler) illustre le parti que les hommes de la haute bourgeoisie chercher à conquérir à leur manière. Son fiancé, qui lui est fatalement destiné, n’est pourtant pas à l’abri de l’envoûtement qu’à Dracula sur sa bien-aimée. De l’autre côté de la barrière, Abraham Van Helsing (Edward Van Sloan) cherche à l’arracher de son emprise. Mina constitue un désir interdit qui en fait un tabou dans une époque qui préférera s’attarder sur ce détail plutôt que ses défauts premiers.

Ce qui pêche, c’est notamment la mise en scène, trop rigide et trop théâtrale. On se concentre sur des effets qui frôlent les fresques les plus kitchs mais qui auront leur lot d’émotions derrière. Il faudra aller déterrer la poésie qu’il y a derrière cette fausse brume, qui s’avère plus artificielle que complémentaire à une esthétique gothique. Il n’y a pas besoin de sang pour affirmer un personnage qui dégage une aura démoniaque, mais ce ressenti nous effleurera à peine. La célèbre partition de Tchaikovski nous place d’entrée dans un ballet, rempli de symbolismes et d’ambitions. Le réalisateur a peut-être failli dans son rôle et dans la justesse de ses choix techniques, mais il ne reste pas moins conscient de l’hommage qu’il rend au monstre.

Ce sera dans l’ambiguïté que l’on redécouvre le mythe du vampire, en la personne de « Dracula ». L’absence ou l’oubli du contexte pourra en perturber plus d’un, car le public a fini par évoluer avec des œuvres se servant de ce que Browning a posé comme base. Cependant, le rythme épuisant et passif de l’intrigue, alors que le comte est sujet à un thème romantique, dont on discute en permanence. Loin dans le temps, mais si proche dans les mémoires, l’œuvre réussit malgré tout son coup en iconisant l’image populaire d’une créature qui possède des sentiments derrière ses dents pointues et sa soif de conquête.


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