Dune (2021)


En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de « Dune » au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes « El Topo » et « La Montagne sacrée », accepte. Il rassemble alors ses « guerriers » artistiques, dont Jean Giraud (Moebius), Dan O’Bannon, Hans-Ruedi Giger et Chris Foss qui vont être de toutes les aventures cinématographiques de science-fiction de la fin du siècle.

Un rêve de liberté

Note : 4 sur 5.

L’attendu et le redouté. C’est tout un pamphlet sur lequel surfent les blockbusters qui débarquent dans nos salles. Mais que dire ou que penser, dès lors où la personnalité, alliée à l’ambition, s’invite avec tant d’audace et de saveurs. Nous pourrions revenir mille fois explorer l’univers de Frank Herbert, dont l’ouvrage constitue à la fois une bible et une passerelle dans la science-fiction, littéraire et cinématographique. Ainsi, chaque recherche son oasis et souhaite ardemment la posséder pour lui seul. C’est un état d’esprit qui a tué dans l’œuf ce film fantôme de Jodorowsky et qui a traumatisé David Lynch par la suite. L’adaptation la plus maudite, la plus mythique et donc la plus connue voit donc ses chances se renouveler de nouveau, à travers l’objectif d’un Denis Villeneuve inspiré et appliqué. Au courant de ce qui l’attend, il se projette sous des feux nourris de lecteurs fanatiques, de cinéphiles exigeants et d’un grand public un peu moins initié. Le défi se pose donc sur le plateau et ce créneau si précieux, qui joue le destin d’une précieuse saga.

L’épice, substance de tous les enjeux pour une humanité en soif de conquête, mais surtout de survie. Elle est vitale pour ceux qui l’utilisent, autant pour ceux qui la cultivent. L’agriculture est donc au centre des conflits politiques, que l’on présentera dans un élan esthétiquement riche. Il n’est pas surprenant de voir le cinéaste canadien à l’aide avec les rapports de taille et de profondeur. Il s’amuse de nouveau à bombarder son cadre avec du gigantisme à foison, jusqu’à ce que ça déborde, jusqu’à ce que ça dégouline dans le respect d’un univers ouvert et sans limites. Il en fait sa chose de ce côté-là, car c’est l’œuvre elle-même qui l’exige. L’approche est spirituelle, contemplative et mesure la portée de cette occasion en or, afin de nous emmener vers la planète Arrakis, alias Dune. Berceau de l’épice, il s’agit d’un hub culturel qui moissonne la pureté et la dureté du désert, a priori indomptable par les bipèdes du récit. Une fascination pour ces lieux offre des plans larges somptueux, doublés par un ciel blanchâtre, ne laissant que de la poussière sur la matière des décors et des effets spéciaux.

Nous appréhendons ainsi toutes les richesses d’une planète, en prenant le temps de comprendre et en cédant davantage de terrain à la poésie mystique d’un messie, venue libérée un peuple opprimé par les colons qui se succèdent. Si le plan géopolitique justifie une grande partie du scénario, c’est pourtant dans l’introspection du héros, à savoir Paul Atréides (Timothée Chalamet), que sa destinée se joue, au même titre que Dune. Mais que retenir si l’on se fie à la seule décharge de cette expérience sensorielle ? Ce premier volet fait office d’une exposition géante, en assumant pleinement la diversité des thématiques rencontrées sans pour autant les approfondir avec ardeur. En incitant les sens à se réveiller, certains personnages ne trouveront pas assez de « voix » pour s’exprimer. Une pensée évidente aux Frémen, avec Stilgar (Javier Bardem) et Chani (Zendaya), que l’on espère retrouver dans la conclusion. Par ailleurs, le vers de sable n’est plus qu’une substance de CGI, qui attend également la caractérisation qui lui est due.

On préférera suggérer le mystère à travers ceux qui donnent du poids. Et en parlant de cela, il vient à l’esprit de citer le Baron Harkonnen (Stellan Skarsgård), dont l’illustration organique correspond à son instinct bestial, mais surtout impérialiste. C’est une observation qui répond directement au régime pseudo-fasciste que dirige le Duc Leto (Oscar Isaac). Entre trahison, vengeance et quête initiatique, on oublie un peu trop la servitude que répand l’ordre du Bene Gesserit, où Charlotte Rampling manie le Gom Jabbar avec une effroyable précision. Mais ce n’est pas une arme d’arme ou de technologie de pointe. Il s’agit de trouver sa voie et sa voix. Les préceptes de Lady Jessica (Rebecca Ferguson) conduit son fils Paul à embrasser son humanité. Et de son point de vue, il négocie avec ses visions obscures, afin de pourfendre l’avenir empoisonné qui l’attend. En se redécouvrant lui-même, notamment à travers la douleur et l’acceptation du peuple Frémen, il y a un salut à arracher. Du moins, il devrait y en avoir…

Aussi séduisant qu’il puisse paraître, le spice opera de Villeneuve dépend inévitablement de sa seconde partie et du cœur même du roman, où les morales rentreront en collision avec la nature humaine et écologiste de l’univers. « Le mystère de la vie n’est pas une question à résoudre, mais une réalité à vivre ». Ce sont des mots qui prendront évidemment tout un sens, si l’on parvient tout d’abord à rendre les premiers témoignages évangélistes crédibles et envoûtants. Oui, les promesses tiennent bon et l’enchaînement des plans n’est jamais paresseux. Les enjeux se renouvellent avec une facilité déconcertante, qu’on en oublierait que deux heures et demie nous serons tombés dessus et qu’il faille de nouveau vaquer à nos occupations, jusqu’à ce que le véritable défi ne commence. Ce film est une sorte de serrure, dont Villeneuve et le public détient les clés. Reste à savoir si l’épopée d’Arrakis restera à jamais rattacher au fantasme maudit des cinéastes ou bien un nouvel outil précurseur dans les superproductions.

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