Frankenstein (1931)


Henry Frankenstein est un jeune scientifique qui rêve de créer un être humain à l’aide de ses connaissances. En compagnie de son assistant Fritz, les deux hommes vont concrétiser ce dessein à partir de morceaux de cadavres, mais l’expérience va tourner au cauchemar.


Flotter, un début d’apprentissage

Note : 3.5 sur 5.

L’un des réalisateurs de l’intéressant « Les Anges de l’enfer » se voit confier une adaptation qu’il prendre à cœur de faciliter sa compréhension, jusqu’à étouffer les véritables valeurs de Mary Shelley. Après le précédent succès qu’est « Dracula », James Whale entreprend donc un périple qui résulte d’une atmosphère glaçante et parfois angoissante. Mais au-delà de l’effroi, au-delà de ce que la créature iconise dans le temps, il existe une certaine profondeur qui entretient les points forts et les faiblesses de cette œuvre, manquant encore de consistance dans l’écriture.

Le Docteur Frankenstein (Colin Clive) est un savant fou et mégalomane qui ne recule devant rien pour atteindre un objectif, défiant le pouvoir des dieux. La vie et la mort sont des concepts qui ne sont pas maîtrisés par l’Homme, ou du moins en partie. En faisant entrechoquer ces deux extrêmes, l’auteur saisit ce phénomène irrationnel qui aura beau nous échapper, entre le miracle divin et la rationalité scientifique, or cela nous rapproche de ce que l’on connaît d’une naissance, tout ce qu’il y a de plus classique. La créature de Frankenstein, où Boris Karloff est étonnement méconnaissable, est tout ce qu’il y a de plus intriguant dans ce récit surprenant, à défaut de nous vendre du frisson en abondance.

Le rapport père-fils est évident dans ce chapitre qui dénoue lentement sa trame. Le nouveau-né est d’une fragilité qu’il conviendrait de protéger, éduquer, voire couver. Tout ce qui se développe est le contraire de ce que l’on attend. La créature, issues de plusieurs chairs humaines et d’un cerveau criminel, est en manque de repères face à tant d’agitation autour de lui à son égard. En outre, la violence alimente les émotions du monstre, qui ne fait pas la différence entre le bien ou le mal, ce qui constitue sa piètre vie éclair. Et autour de cette naïveté qui l’entraîne à prendre des décisions qui lui coûtent d’être chassé par la masse, il existe toujours un contraste marquant entre la lumière et les ténèbres, laissant ainsi une part ambiguë à l’interprétation du personnage, dont on éprouvera de l’empathie ou de la répulsion.

Ainsi, la créature de Shelley, « Frankenstein », n’hérite pas du meilleur hommage, succédant à les incohérences et à la facilité scénaristique qui ampute le récit d’une réelle force émotionnelle. Il n’empêche que des scènes glaçantes peuvent satisfaire les premiers venus, mais en relativisant un moment sur la narration, on peine à développer ce côté enfantin et innocent de la chose. Le monstre découvre un monde inconnu, plein de mystère, un monde qui le rejette malgré les efforts et les drames qui lui sont associés. Bien que l’œuvre butte énormément sur l’aspect métaphorique, le personnage ne reste pas moins iconiser de façon convenable, jusqu’à traverser les âges et en lui rendant justice. La compassion est le maître-mot de l’intrigue qui marchande cette poignée de tendresse, avant même de penser à effrayer le public. C’est au moment où l’on saisit ce fait que l’on rattrape partiellement le tort fait aux écrits de Shelley.


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