Glass


Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn – l’homme incassable – poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…


Un verre à moitié vide

Note : 2.5 sur 5.

Aussi bien capable du meilleur comme du pire, M. Night Shyamalan fut attendu au tournant dans ce climax, signant la clôture d’une trilogie inattendue. Alors qu’Incassable et Split nous emmenaient vers la connaissance de soi et la foi en ses capacités ou sa psyché, ce dernier volet nous ramène à terre ferme, où la cohérence et la sobriété seront de rigueur. Malheureusement, il se heurte à une forme de discours qui lui correspond peu, passé l’heure de visionnage. Et les dérives que l’on peut percevoir dans la morale sont synonymes de maladresses et de retard. Il convient de préciser qu’il rend hommage à son œuvre d’anticipation chez les industries de super-héros sur grand écran, mais ce discours apparaît peu pertinent, sachant la progression dans certaines œuvres isolées ou franchises. Il y en aura peu à citer, mais l’intérêt n’est pas de remonter dans le temps, si ce n’est justifié un affrontement final que l’on redoutait psychologique avant même de verser de la sueur, du sang et des larmes.

Rien de bien nouveau chez l’homme qui est presque toujours reconnu pour ses twists. Cependant, le twist n’est réussi que s’il propose plusieurs niveaux de lecture sur l’ensemble des événements qui ont précédé les révélations. D’une certaine façon, la direction que prend le film est justifiée, mais tombe dans la redite, faute d’avoir surexploité un cahier des charges qui n’as plus de secrets pour aucun spectateur un minimum averti. Tout reposait sur ce climax, annoncé comme féroce et lucide, mais le réalisateur perd de l’emprise sur le potentiel qu’il a emmagasiné depuis 19 ans maintenant. Le décor sert le discours et le propos de chaque protagoniste. Chacun possède son style graphique et sa morale symbolique que l’on reconnaît avec engouement, mais on ne tente pas plus de risques, hormis dans la mise en scène, jouant énormément sur le hors-champ et une caméra rotative, volante et scotchée aux comédiens. Par ailleurs, nous retrouvons énormément de codes que le public a su acquérir et identifier tout au long de ses expériences. Les plus rigoureux, pourront anticiper énormément de choses, ce qui allégera les twists à venir…

Les comédiens, quant à eux, sont conditionnés par les attentes d’un public devenu très exigeant. Mais il y a un flot d’émotions qui se perd au fil du récit et les personnages subissent le jugement d’un spectateur qui n’a pas le temps de prendre du recul sur les révélations ou le corps du sujet, à savoir la crédibilité du surnaturel dans notre univers. Devons-nous nous attrister pour David Dunn (Bruce Willis) devant son cœur fragile ou devons-nous céder à la force de ses poings ? Devons-nous avoir plus de sympathie pour Kevin Wendell Crumb (James McAvoy) et ses relations éphémères avec la première belle qui passe ou bien devons-nous laisser la Horde s’exprimer ? Devons-nous craindre Elijah Price (Samuel L. Jackson) pour son intelligence nullement remise en question ou bien hésiter à accepter son discours anarchiste ? Nous sommes venus en salle avec un lourd bagage qui pouvait avoir dissipé nos doutes concernant l’existence de surhommes. Entre le show de la Horde et le jeu limité de Dunn, nous sommes en droit de nous demander, si l’aspect kitch qui en ressort est dû à la surenchère. Il y a toute de même un peu d’empathie pour Elijah, pivot de cet épisode qui gère plutôt bien le doute et promet un discours honorable sur l’interprétation et l’exploitation d’un comic book. Mais la psychanalyse vient tout remettre en question le temps d’interrogatoires rythmés et subtils. Malheureusement, ce temps-mort ne peut rattraper le dérapage qui suit. La suite est de moins en moins subtile et ne prend pas le temps de brouiller les pistes. Elle insiste même pour justifier le dénouement, avant même sa réalisation, dont la surprise fera son petit effet, avec un arrière-goût de frustration, car inabouti dans l’ensemble.

En somme, « Glass » représente un troisième acte rempli de bonnes volontés, mais la plainte ne justifie pas tout. Shyamalan sacrifie une part de son talent scénaristique et de mise en scène afin d’évoquer les origines des super-héros au sens cinématographie. Même si la trame de fond discute du miracle et de la mutation de l’irréel en une réalité, le spectateur n’a pas pu être malmené assez longtemps pour se convaincre des lourdes décisions, prises à l’égard des personnages encore troublés sur leur place dans ce monde. Si son œuvre tacle maladroitement les grandes industries qui ont surexploité son concept, il est dommage de savoir un potentiel pareil gâché. Ce film s’illustre comme un verre à moitié vide, a contrario des œuvres qui le précèdent. Chacun admet ses défauts, mais ce dernier opus méritait sans doute un meilleur traitement dans la narration finale et la gestion des personnages, surchargeant l’intrigue. Il y a pourtant du bon à retenir, mais l’ensemble reste oubliable, car peu de situations suscitent l’effet émotif souhaité. Nos regards se tournent ainsi vers le passé, en démystifiant le concept du super-héros, mais n’y avait-il pas mieux afin de convaincre une audience qui souhaitait une conclusion plus audacieuse ?


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