House of Gucci


Le film HOUSE OF GUCCI est basé sur l’histoire vraie de l’empire familial qui se cache derrière la célèbre marque de luxe italienne. Sur plus de trois décennies de passions, trahisons, décadence, vengeance et finalement meurtre, le film met en scène ce que signifie un nom, ce qu’il vaut et jusqu’où une famille peut aller pour reprendre le contrôle.


La paire, le fisc et le saint mépris

Note : 2 sur 5.

La maison Gucci est un empire, fondé sur la base d’une toile en cuir de luxe et il y a de la place pour en conter son prestige, son héritage et sa désillusion. Ridley Scott nous ramène ainsi en Italie, comme dans une sorte de prolongement de son « Tout l’argent du monde ». Le Britannique, à ce stade n’a plus rien à prouver, il a atteint les sommets dans la science-fiction, tout comme dans le péplum. Mais ce qui fascine toujours autant chez ce cinéaste, c’est qu’il ne se limite jamais à l’horizon le plus proche, ni le plus limpide. Le récent « Dernier Duel » en est la preuve, mais qui confirmera également à moitié que son génie commence à tourner en rond, sinon à s’éteindre. Quand il ne sait plus sublimer part la mise en scène, il feint de répondre avec une astuce narrative. Ici, c’est la même chose. En échange, il troque la richesse de son récit avec une performance de comédiens, qui oscille entre le jour et la nuit.

L’adaptation de « la saga Gucci » de Sara Gay Forden emprunte des routes classiques, mais qui étonneront quelques fois, lorsque l’on découvre la piètre fierté de la célèbre enseigne de mode. Le tout est de savoir comment explorer l’ambiguïté entre le conservatisme des parents, où Jeremy Irons apparaît trop peu et Al Pacino s’embourbe dans un premier degré de bouffonnerie. Loin du schéma de la mafia, mais cousine par ses méandres et sa nonchalance. C’est une famille qui vit par l’esprit d’entreprise, autrement dit, par le pouvoir, le prestige et donc l’argent. Cette fortune, nous la découvrons, peu à peu dilapidée entre les mains de ses héritiers, qui s’entredévorent. Adam Driver rempile pour restaurer la pudeur et sophistication de Maurizio Gucci, tandis que Lady Gaga manque de convaincre par son accent italien à en décrédibiliser sa Patrizia Reggiani. Ces deux formidables comédiens ne font toutefois pas la paire. Lorsqu’il s’agit d’introduire ce « parfait » amour, cela passe rarement par une complicité électrisante et subtile.

Sans doute, est-ce voulu ? Sans doute, est-ce le point de vue du réalisateur que de se placer entre ces deux personnages qui se vampirise mutuellement ? Hélas, cette approche a ses limites. Le jeu d’escroquerie virevolte d’un bout à l’autre de l’intrigue, imposant un rythme délicat aux protagonistes, qui d’une scène à l’autre aura perdu toutes ses valeurs qui les caractérisaient. La chute après l’ascension est inéluctable, mais change trop souvent de main, ou de plan de caméra, pour que l’on puisse suivre avec cohérence ce drame familial, dans un emballage très explicatif. Rares sont les moments qui nous transportent, sans même que l’on évoque l’effet soporifique de l’œuvre. Un cabotinage après l’autre, en passant par un Jared Leto qui sèche dans l’excès et le ridicule, la maison Gucci tente de préserver ses biens et ses droits, mais tout ce qui en résulte passe dans le hachoir d’un Scott, indéniablement diminué.

Plus question d’invoquer les ténèbres, pour en extirper de l’effroi ou une bonne dose de révolte, comme les apprécie dans « Thelma et Louise ». Il n’y a ni duo, ni passion qui se révèle à la hauteur, lorsqu’on revisite « House of Gucci » après le générique. Amour, trahison et vengeance ornent chaque chapitre du récit, qui aurait préféré s’attarder sur la perdition d’un nom de famille, que l’on aime, que l’on rejette, mais que l’on garde au chaud dans le sang ou bien dans une vilaine pensée, projetant de mettre le monde à genou. Cette tragédie shakespearienne aura du mal à trouver l’issue le plus glamour, ou à défaut le plus solennel. Au lieu de cela, c’est une balade humaine tout à fait banale, frustrante et oubliable.


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