Jodorowsky’s Dune


En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de « Dune » au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes « El Topo » et « La Montagne sacrée », accepte. Il rassemble alors ses « guerriers » artistiques, dont Jean Giraud (Moebius), Dan O’Bannon, Hans-Ruedi Giger et Chris Foss qui vont être de toutes les aventures cinématographiques de science-fiction de la fin du siècle.

Perdu dans les étoiles

Note : 4 sur 5.

Frank Herbert et son ouvrage « biblique » reste une malédiction dans le monde du cinéma, quand bien même il est possible d’arriver à terme de la production et de la réalisation. Mais ce sera sur un épisode spécialement dédié à un des hommes les plus ambitieux et les plus explosifs de son époque. Frank Pavich ausculte ainsi la complexité d’un roman, qui a autant détruit de formidables projets qu’il en a inspiré tant d’autres, à présent ancrés dans un imaginaire collectif. Et à travers Alejandro Jodorowsky, on y discerne une fureur et une conviction, propre à ce dernier. Il ne sera pas question d’adapté un roman, il sera question de le recréer, l’innover et d’ouvrir de nouvelles perspectives. De grands esprits seront au rendez-vous, avec cette même fougue qui aura poussé le réalisateur chilien dans les coulisses de la science-fiction, tel que nous la connaissons et tel que nous la consommons aujourd’hui.

En présentant les faits d’armes de cette personnalité aux multiples expérimentations, il manque que toujours un chaînon pour se rapprocher de Jodorowsky et de son style. Si « El Topo » suggérait un western psychédélique, alors sa « Montagne Sacrée » serait l’apothéose de son adolescence, dans un milieu dont il découvre encore les merveilles. Et ce sera avec ces mêmes yeux éblouis qu’il croisera la route de son producteur, Michel Seydoux et de ses fidèles guerriers, prêts à révolutionner le 7ème Art. Hélas, nous connaissons toute l’histoire, ou presque, le monument n’a jamais atteint le processus de tournage. Pour quelques millions de dollars de plus, « Jodorowsky’s Dune » témoigne de cette frustration, qui atteint autant les auteurs enterrés trop tôt que les cinéphiles avertis. Il nous invite toutefois dans le trip qui l’a motivé en guise de paroles évangélistes comme réceptacle au LSD mental. Puis, cette fausse amertume se dissipe pour ne laisser place qu’à un engouement des plus contagieux.

Le space opera manqué est pourtant à la genèse de chef-d’œuvre à venir et en devenir. Lui qui devait succéder au « 2001 : l’Odyssée de l’Espace » de Kubrick, a connu sa propre épopée dans sa mise en place. Ce ne serait pas totalement instructif si l’on citait chaque intervenant dans un élan de joie et de fantasme. Sans profondeur pour appuyer la démesure qui se préparait, nous ne pourrions pleinement nous abreuver des intentions du cinéaste. Évidemment que ce sont tous ces fragments anecdotiques qui redonnent du crédit au gargantuesque story-board. Cependant, tout cela est basé sur une fanzone, qui déplaira sans doute aux moins initiés. Il nous revient alors de choisir comment alimenter ce mythe, qui diffuse autant sa volonté de rendre justice à un film fantôme que de rendre d’autres œuvres plus fiévreuses et moins personnelles.

Ce côté jubilatoire a donc ses limites, qui tiendraient dans le ton et dans la forme impersonnelle du documentaire. Jodorowsky fait le show, mais Pavich tombe dans son jeu et ne parvient pas à prendre du recul sur son sujet. L’hommage d’une utopie trouvera toutefois du réconfort dans le malheur des autres. Dune n’a pas encore su conquérir le petit écran, avec une mini-série, ou le grand, avec l’échec critique et commercial de David Lynch. Tout cela nous ramène au point de départ, qu’a lancé le cinéaste chilien et ses collaborateurs, qui trouveront d’ailleurs le rebond sur d’autres œuvres, d’autres suggestions et d’autres manœuvres pour enfin restaurer les prototypes artistiques du film. C’est une œuvre à découvrir, explorer, relativiser et à apprécier pour sa jeunesse éternelle.

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