Jukaï : la Forêt des Suicides


Deux sœurs, Hibiki et Naki, bravent l’interdit et décident de rentrer dans la forêt de Jukaï. Elles découvrent que de nombreuses personnes disparues dans la région ont été retrouvées à l’intérieur de ces bois et aux alentours. Sont-elles venues de leur propre gré ou est-ce qu’un pouvoir spirituel maléfique les a attirés dans ce lieu ? Le seul indice est une boîte mystérieuse, qui, depuis qu’elle a été touchée par Hibiki et Naki, provoque une nouvelle spirale d’accidents et de morts dans le village…


La boîte à maudire

Note : 2.5 sur 5.

Au pied du mont Fuji, la forêt Aokigahara abrite la désolation, où certains y viennent pour se perdre corps et âme. Gus Van Sant et Jason Zada l’ont d’ailleurs déjà foulé de leur mélancolie ou de leur sentiment de frissons. De même, le cinéaste nippon Tomoyuki Takimoto (Jyukai) a profité de la légende urbaine, afin d’investir un lieu qui semble bien maudit par ceux qui y ont laissé leur vie. Et alors que « Inunaki, le village oublié » vient de boucler sa trame, le projet revient dans les mains de Takashi Shimizu, qui a porté et exporté son effrayant « Ju-On : The Grudge ». Pourtant, nous le saurons bien loin de la maîtrise d’autrefois, bien qu’il reste un des cadors nationaux à perpétuer un souffle culturel à travers la J-Horror. En se penchant sur la thématique du suicide, il fait malheureusement face aux limites d’un récit, qui se donnera toutes les chances pour alpaguer le spectateur curieux et sceptique, tout en offrant quelques séquences bien bricolées pour les amateurs du genre, mais qui disperse toute la tension dans un labyrinthe mental et bancal.

L’ouverture intrigante laisse rapidement place aux défauts symptomatiques que le film va traîner, tout au long de son exploration, tantôt mélancolique, tantôt intemporelle. On y trouvera assez d’empreintes et de styles de cinéastes dans une première partie, qui épuise le potentiel du found-footage, en l’alimentant d’une couverture réseau social, histoire d’embarrasser le jeune public sur le fond quasi documentaire de la chose. Il y a donc de la place pour satisfaire une certaine dose d’authenticité, tout en laissant la malédiction d’une boîte maudite dicter son rythme. La narration subit ainsi la lenteur d’une intrigue que l’on découvre avec des qualités qu’on aura vite fait d’évaluer et digérer aujourd’hui. Il ne reste plus que les fantômes et les ombres des lieux pour se convaincre de sa pertinence. La direction artistique témoigne de cela, mais au lieu d’en faire une force de persuasion, nous passons à côté du rituel imposé par une galerie de personnages, qui manquent de nuancer leur motivation.

Hikibi et Naki rôdent autour de cette célèbre mer d’arbres, car un artefact les y ramène. Vers qui, vers quoi ? C’est toute la question spirituelle dont on tente de rationaliser la réponse, par la grâce de l’horreur subtile. Les quelque rares scènes poignantes dans ce sens se noieront malheureusement dans tous les mouvements qui vont se croiser, puis se recroiser dans un dernier acte honnête, mais moins inspiré par sa mise en scène. Le drame d’une famille qui est poussée à la folie devient le combat d’un groupe, qui fait face à leur propre sentiment, absorbant toute la douleur des relations perdues ou que chacun redoute. La foi est ébranlée et la raison se transforme en une épée de Damoclès, prêt à donner le coup de grâce à celles et ceux qui se seront détournés de leur voie.

« Jukaï, la forêt des suicides » (Jukai Mura) peut sembler habile pour nous tromper, mais le sentiment n’y est pas ou n’y est plus. Si le cinéma de Shimizu trouve de bonnes raisons de frôler de prêt la forêt, il ne dégage pas cette tension qui fait que le drame intime des deux sœurs aurait pu devenir un enjeu plus conséquent pour leur entourage. Une fois que le jeu d’enquête aura pris fin, c’est dans la précipitation que l’on se donne les moyens de conclure sur des valeurs intergénérationnelles que l’on aura mis du temps à préserver.


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