Le Roi


Hal, jeune prince rebelle, tourne le dos à la royauté pour vivre auprès du peuple. Mais à la mort de son père, le tyrannique Henri IV d’Angleterre, Hal ne peut plus échapper au destin qu’il tentait de fuir et est couronné roi à son tour. Le jeune Henri V doit désormais affronter le désordre politique et la guerre que son père a laissés derrière lui, mais aussi le passé qui resurgit, notamment sa relation avec son ami et mentor John Falstaff, un chevalier alcoolique.


Rétablir le prestige

Note : 3.5 sur 5.

Difficile de prétendre à un trône si complexe, avec une monarchie qui se résume à son chef de guerre et ses ambitions limitées. Le pouvoir corrompt bien évidemment les pensées les plus sincères et les plus pures, bien que ce soit ironiquement inhumain. Après le succès de « Animal Kingdom » et de « The Rover », Netflix a pressenti un potentiel chez le metteur en scène australien David Michôd. « War Machine » a confirmé son désir de s’épanouir et il a opté pour la voie de la poésie et les symboles de puissances qui implosent. Il revient donc avec un thème médiéval bien connu des Britanniques et ses opposants de l’autre côté de la manche, mais ce sera bien aux côtés des roast-beef qu’on apprendra à apprécier le récit de l’ascension d’un roi sur le territoire européen.

Bien entendu, les intrigues historiques entrent souvent en conflit avec la réalité et les libertés scénaristiques ont de quoi faire débat. Shakespeare avait déjà donné un ton lyrique avec une générosité patriotique dans ses écrits, alors il fallait se douter que l’adaptation allait devoir faire preuve de malice dans le déroulé, attendu au tournant par bien des historiens. Nul souverain n’est aussi ivrogne que belliqueux, mais Michôd, accompagné de Joel Edgerton à l’écriture, en ont décidé autrement. Tout est façonné, afin que le jeune Henry V puisse pleinement se confronter à la dure réalité de la guerre et ses responsabilités qu’on lui impose. Timothée Chalamet, en pleine ascension dans le Hollywood moderne, voit ainsi son personnage emprunter une voie tout aussi énigmatique, mais bel et bien glorieux. C’est dans la surprise qu’il règne sur les terres déchues de son père, rongées par la famine et l’insurrection. Ce tourment n’est malheureusement pas exploité dans ce film, tout cela dans le but de nous emmener de l’autre côté de la manche, où il devra débusquer ses ennemis, de l’extérieur comme de l’intérieur.

C’est dans un élan Shakespearien que l’on reconnaît certains choix, mettant en valeur ce roi qui ne voulait pas en être, mais qui fera ce qu’il faut pour maintenir son autorité auprès de ses partisans et son peuple. Il n’est roi que sur le papier, mais dans le cœur de tous, il a énormément à démontrer. Le film s’appuie donc sur des faits d’armes afin de convaincre l’audience, notamment avec le siège d’Harfleur, revisité et pris à contre-pied. Sans souffle épique ou de sang valide, cet affrontement constitue une bataille intérieure pour Henry V. On nuance ainsi les assauts les plus brutaux, vus tant de fois sur les écrans. Il faudra bien attendre la célèbre bataille d’Azincourt pour plonger dans une grande immersion. John Falstaff (Joel Edgerton), meilleur ami et conseillé du roi fait un double travail ici. Sa présence souligne la tragédie qui frappe un roi, provoqué par ses sujets et un dauphin arrogant, en plus d’être cruel. Robert Pattinson lui donne un bon air excrémentiel, mais qui reflète aisément le même pouvoir qui rattrape le personnage de Chalamet. C’est un parcours qui l’amène à devenir son propre démon, mais il aura bien des occasions de s’en éloigner. Ce qui importe dans ce récit, c’est bien évidemment la manière dont il chute ou qu’il se relève, à travers les impuretés qui pèsent sur son rôle de leader.

L’étude de personnage prend bien le dessus sur la réalité historique, en nous offrant des enjeux viables, sans que ce ne soit trop cliché avec ce qu’on aurait pu attendre. « Le Roi » (The King) se fait plaisir de décortiquer le système monarchique, tout en cherchant à rétablir le prestige de l’Angleterre. Le message, peut-être trop intimiste peu choqué, mais cinématographiquement parlant, le divertissement est présent et ne s’aborde pas pour autant un visionnage aux enjeux multiples. On a pris des directions artistiques différentes, comme ne pas montrer certaines choses. Ce qui peut également correspondre au manque de visibilité de la part d’un roi, aveuglé par ses désirs ou torturé par son dilemme qu’il affronte à reculons. Il affronte une violence qu’il ne souhaite pas, mais on épouse son langage afin de mieux la comprendre. On se questionne et on attend des réponses, jusqu’à ce qu’une dernière charge sonne le sentiment de regret et de prestige.


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