Malcolm & Marie


Après la projection en avant-première de son dernier film, un cinéaste rentre chez lui avec sa petite amie. Alors qu’il est certain que son film rencontrera un succès critique et commercial, la soirée prend une tournure inattendue : les deux amoureux doivent affronter certaines vérités sur leur couple qui mettent à l’épreuve la force de leurs sentiments…

Mac and cheese

Note : 3.5 sur 5.

Certains diront scène de ménage, d’autres iront plus loin et c’est dans cette optique que le dernier film de Sam Levinson aime explorer. N’ayant pas forcément rencontré un succès tranchant avec ses deux premiers long-métrages (Another Happy Day et Assassination Nation), ce dernier nous offre peut-être un prolongement rafraîchissant de sa série « Euphoria », en ramenant l’actrice vedette à l’affiche, rien que ça. Mais il ne faudra pas non plus s’attarder sur ces contours, car ce qui préoccupe dans ce sujet c’est bien le fond, dissimulé dans un cadre noir et blanc, tourné à la pellicule. Cette texture appelle ainsi les émotions d’un couple, qui se livre à des joutes oratoires de qualité et de créativité. Un huis-clos tout à fait passionnant, dans l’esprit d’un film de procès où les oppositions seront à la fois vaines, percutantes, blessantes ou encore superficielles. Quand on finit par vider son sac, on peut parfois manquer de souplesse, mais ce à quoi le film nous engage est d’une implication vicieuse et non retenue.

Cette radicalité s’inscrit ainsi dans les échanges d’un couple, à l’épilogue d’un succès que chaque parti développera pour sa défense et pour cette relation, qui semble à la fois si frêle et pourtant si fusionnelle. Si John David Washington adopte un Malcolm prétentieux en apparence, c’est bien sûr pour mettre un bon coup de botte là où ça fait mal. Le réalisateur tient un sujet à travers ce qu’il caractérise en ce protagoniste nommé et dont l’appétit entraînera le remords de sa situation. La difficulté d’un couple à communiquer fait vraisemblablement partie de toute une démarche, afin de mieux évoquer l’harmonie, en exposant son opposé. Et malgré tout, un magnétisme s’invite à la soirée, qui dure et qui voit deux âmes endurer les sentiments cachés de l’autre. La location de luxe devient ainsi le théâtre d’une mésaventure mélancolique, où la caméra reste à bonne distance et à disposition d’une introspection inattendue mais bienvenue. Le cinéma d’aujourd’hui est insoluble à la critique et on nous le fait remarquer avec toute l’ambiguïté d’un amour toxique. De même, on nous interroge sur le regard du cinéaste sur son œuvre, ses influences et ses inspirations.

En revenant justement sur des discussions de fond, quant à la légitimée de portée une réalisation à une dimension tantôt sociale, politique ou autobiographique, les propos se tordent pour notre plaisir de reconnaître une certaine absurdité et hypocrisie du métier. Mais d’aussi lourds monologues qui accompagnent cette observation nous ramènent toujours dans cette cellule psychologique, où il règne un climat des plus hostile. Si l’homme et la femme sont prêts à exploser et à imploser, il ne manque qu’un détonateur pour y mettre un terme. Toutefois, le film ne souhaite pas prendre position et jongle dans un esprit de dominance, comme s’il n’y aurait jamais de conclusion aux débats. Le potentiel se trouve pourtant juste devant nos yeux, en la personne de Marie, ou plutôt de Zendaya, qui témoigne à nouveau d’un naturel bouleversant, tout en gardant une combativité qu’elle ne relâche pas un seul instant. Contrairement à son collègue, toujours en dessous de sa prestation, elle prend soin de marquer son territoire, sur le plan fictif et professionnel. Si l’on raconte qu’il y a toujours une muse derrière chaque bonne histoire, l’une d’elle n’aura pas manqué de réagir avec justesse et émotion.

Levinson a certes le défaut d’un peu trop surligner son discours et à en multiplier les thématiques à ne plus y retenir grand-chose au bout du tunnel, le cinéaste aura cependant trouvé suffisamment de patience et d’ingéniosité pour transfigurer « Malcolm & Marie ». De même, ce que l’on assimile frontalement au théâtre filmé peut parfois se diluer dans ses non-dits, teintés d’un décor sonore allègrement jazzy, mais aussi gourmand qu’un mac and cheese. Ainsi, le cinéma met en valeur le mouvement, comme sa représentation des plus bouillante. C’est un milieu tout aussi incompréhensible que malfaisant, mais l’art lui-même mérite sans doute un meilleur ambassadeur pour défendre ses vertus les plus bénéfiques et pour condamner les plus biscornues.

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