Nos Cérémonies


Royan, 2011. Alors que l’été étire ses jours brûlants, deux jeunes frères, Tony et Noé, jouent au jeu de la mort et du hasard… Jusqu’à l’accident qui changera leur vie à jamais. Dix ans plus tard et désormais jeunes adultes, ils retournent à Royan et recroisent la route de Cassandre, leur amour d’enfance. Mais les frères cachent depuis tout ce temps un secret…


Les inséparables

Note : 3.5 sur 5.

Son passage à la Semaine de la Critique n’a pas fait que des étincelles dans les yeux, car il reste toujours cette once de cynisme et d’espoir qui ronge encore le spectateur au bout d’un visionnage intense. Simon Reith, qui a grandi avec une caméra à la main, sait comment appréhender ce premier long-métrage, plein de promesses et de passions. En replongeant sur les lieux de son adolescence à Royan, il prend soin d’émietter une rivalité sous diverses formes, au nom de la fraternité, de l’amitié et des sentiments. Il questionne également la masculinité, dans un élan ludique, où la violence et la virilité qu’on lui associe se révèlent superficielles.

Pourtant, tout l’enjeu repose sur ce dernier coup d’épée, qu’on ne verra jamais aller jusqu’au bout dans une ouverture qui ne cache pas son jeu. Simon et Raymond Baur, frères dans la vraie vie, incarnent respectivement Tony et Noé. Cette complicité est au service d’un jeu assez simple, où la tension devient frénétique, au même titre que la provocation. Pourtant, on continue de flirter avec une idée de mort et c’est d’ailleurs ce qui ramène ces frères, une dizaine d’années plus tard sur le berceau de leur enfance. À présent inséparables, au nom du miracle et de la malédiction, ils vont devoir confronter leur existence en monde où la frontière est mince entre la réalité et l’imaginaire.

Le cinéaste en appelle aux couleurs, pour occulter l’anxiété de ces frères, qui évoluent inévitablement sans une chaleur des enfers. Nous avons toute une construction sur un univers à la limite du surnaturel, où les éléments ponctuent chaque instant où Tony lâche prise. Mais les retrouvailles avec une amie d’enfance (Maïra Villena) réveilleront de nouveau cette même rivalité bouillonnante, qui les avait rapprochés jusqu’à ce que ça en devienne toxique pour eux. Cette trajectoire sert ainsi le discours sur une jeunesse qui ne fait que renaître de ses cendres en permanence, qui vit sous l’impulsion du moment ou bien dans une solitude qui fragilise davantage l’équilibre des relations. Il n’y a pas de place pour le deuil, seuls comptent ceux qui restent et qui peuvent le rester un peu plus longtemps.

S’il y a quelque chose qui frappe immédiatement dans la réalisation de Reith, c’est bien l’idée de boussole, commandée par des forces supérieures, qui guident les protagonistes vers un destin tragique. « Nos Cérémonies » ne manque donc pas d’impressionner par sa brutalité, que ce soit dans l’imagerie ou dans le sound design, et parfois les deux dans le même travelling. La fraternité des enfants perdues, peut-être même orphelins tout court, est façonnée avec une originalité, qui déborde de sensualité. L’expérience vaut le détour et on admettra cette part de nihilisme, qui a forcément des conséquences sur la génération suivante.


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