Punch-drunk love


Barry Egan, un trentenaire timide et complexé, passe le plus clair de son temps à collectionner les bons d’achat d’une marque de gâteaux. Depuis sa plus tendre enfance, il est accaparé par ses sept harpies de sœurs, si bien qu’il n’a jamais eu le temps de faire sa vie, ni de tomber amoureux. Jusqu’au jour où l’une d’entre elles lui organise un rendez-vous avec une troublante jeune femme se nommant Lena Leonard…


Les ailes de l’amour

Note : 4 sur 5.

Paul Thomas Anderson est à l’aube d’un cinéma narratif renouvelé, mêlant étroitement la fureur du quotidien californien et les pulsions, toujours plus puissantes et sincères au crépuscule de l’émancipation. Il sera bien question de cela dans ce récit merveilleux, teinté de filtres colorés, renvoyant directement à un imaginaire féerique. Toutefois, si l’on ne peut pleinement caractériser ce Los Angeles des années 90 avec ce format fantasmé, nous y trouverons du vrai à mi-chemin de cette réalité. Après « Hard Eight », « Boogie Nights » et « Magnolia », il se tourne pour la première fois vers la comédie et à la Jacques Tati. Autant dire qu’il y avait de quoi susciter de la curiosité sur la Croisette ou ailleurs, sachant qu’il en profitera pour expérimenter un montage toujours sensoriel, mais plus expressif.

Ce qui constitue une bonne comédie romantique avec son lot de personnages secondaires, qui entravent l’ascension du héros, c’est bien sûr son parcours atypique et sa vulnérabilité hors norme. Adam Sandler, que l’on pourrait aisément le cataloguer dans un registre limité, est invité à la retenue, jusqu’à ce qu’il renoue avec les archétypes qu’il a déjà campé et qu’il n’invente donc rien aux côtés d’Anderson. Il incarne un Barry Egan, qui vit dans la promesse du rêve américain, chose qui tient de l’absurde sachant le chaos qui sévit en hors-champ. Mais le cinéaste ne s’y penche pas plus que cela et préfère accompagner cet auto-entrepreneur rêveur et obsédé par des coupons de voyages. Il les collectionne, sans forcément les convoiter et c’est là toute la problématique d’un homme qui cherche désespérément un éveil émotif dans sa vie monotone.

Seul dans un local, isolé de la lumière extérieure et de toute interaction, il voit alors un harmonium apparaître devant lui comme un oiseau tombé du ciel. Il va apprendre à l’accepter, le réparer et à l’aimer. Toutefois, il serait fastidieux de croire que ce sera de tout repos pour ses nerfs, déjà instables. Harcelé par pas moins de sept sœurs, tantôt protectrices tantôt dictatrices, il se cache tant bien que mal dans un confort discret, où il est rapidement amené à succomber à l’appel d’une arnaque et à l’arrivée de l’angélique Lena Leonard, interprétée par Emily Watson. Ce sont deux faits qui n’ont rien d’une coïncidence, mais qui élaborent une trajectoire sans retour pour Barry. C’est vers la maturité qu’il s’avance, d’un air incertain, mais convaincu de sa bienveillance. Mais il y aura également un aspect violent, afin de remonter aussi vite une pente, où les engueulades peuvent s’enchaîner avec un Philip Seymour Hoffman, maître d’un château-fort en coton.

On revient alors aux sources d’une aventure fascinante, ponctuée par la mise en scène magistrale, fluide et rythmée du réalisateur. La caméra flotte sur de longs travellings, comme s’il fallait accrocher les personnages, qui ne peuvent se défaire du cadre imposé. Ils auront beau courir, ils se feront rattraper au prochain virage. « Punch-drunk love » conte ainsi cette fuite effrénée vers de pures émotions, dégagées par des protagonistes amoureux et générées par un auteur qui l’est, sans concession.


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Catégories :Comédie Dramatique, RomanceTags:, , ,

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