Shadow in the Cloud


Une jeune pilote embarque dans un avion avec un mystérieux sac noir. Son équipage est entièrement composé d’hommes odieux. Ils vont, pourtant, devoir tous faire face à une embuscade japonaise mais aussi à une mystérieuse entité maléfique.

Strap in

Note : 3 sur 5.

Un sujet d’origine souvent esquivé dans une œuvre qui ne boude pas son caractère fun et décomplexé. Roseanne Liang conduit un bombardier B-17 de la Seconde Guerre mondiale vers le zénith de sa tourmente. Et quand bien même il serait difficile d’estimer ce qu’il reste du scénariste Max Landis, écarté du projet, ce sera essentiellement son enveloppe qui sera à l’étude. C’est un aller simple vers une destination inconnue, mais pas sans un plan de vol élaboré. Le Gremlin est à l’honneur des légendes aéronautiques, mais il est rare d’en savourer ses vertus, dès lors qu’un Joe Dante en a invité plus d’un à participer à l’esprit de Noël. La créature qui a auparavant séduit les Looney Toons et qui a fait un bout de chemin dans Métal Hurlant, aussi bien dans les comics que dans le film d’animation, tout en inspirant d’autres cinéaste comme Luc Besson, manque d’être caractérisée au premier degré, lui laissant ainsi du répit avant de se retrouver dans un film de monstre dont il sera la vedette. Ce ne sera pas aujourd’hui qu’il gagnera la lumière du jour, ou du moins pas assez longtemps pour entrer dans le panthéon des menaces isolées du huis-clos.

La réalisatrice Néo-zélandaise a fait le choix de comprimer son récit dans une tourelle boule, qui ne protégera pas pour autant son héroïne des archétypes sexistes, qui tirent à balle réelle sans le savoir. Et c’est bien là qu’elle toute la noblesse d’un projet qui assume à fond son délire et sa forme hybride. La réalisatrice ne souhaite pas camper sur un cap linéaire et aux côtés de sa comédienne Chloë Grace Moretz, elle réussit à révéler au mieux le monstre qui en cachait un autre. C’est essentiellement sur ce genre de métamorphose de la structure narrative qui atteindra la sensibilité d’un spectateur, que l’on isole dans le huis-clos, techniquement juste et qui expose bien des mœurs d’aujourd’hui comme d’hier. Maude Garrett est ainsi embarquée dans une mission qui regarde tout un groupe, où plusieurs degrés de misogynie s’affichent à bord. Mais ce sera sa crédibilité, en tant qu’aviatrice et femme hystérique, qui posera tout l’enjeu d’une première partie diaboliquement rigoureuse, avant de laisser la musique électro reprendre ses droits.

La paranoïa suit son court depuis l’œil ventral de l’appareil et de l’autre côté de la radio d’équipage. Et quand bien même le contenu de sa cargaison peut nous laisser sur le côté, son aspect série B ou série Z ne doit pas être davantage rabaissé. Il existe une générosité évidente dans l’approche rétro et souvent kitch d’un deuxième acte qui se défait brusquement de son atmosphère anxiogène, sans concessions. Le plaisir est d’autant plus régressif qu’il est jouissif, dès lors où les mythes et la réalité se confondent. Des chasseurs japonais à l’affût, un parasite dans les tuyaux et une fable bourrine de la féminité contemporaine, sont des facteurs à apprécier pour le décalage qu’on nous propose, sous peine d’être radicalement éjectés de l’aventure en plein vol. Oui, les défauts se superposent allègrement, mais le point de vue de la narratrice fascine. Est-ce grâce à l’audace ou à cette période qui nous aura trop longtemps laissé confiner dans un cockpit de solitude ? L’épique se fait tout de même rare et râle parfois au sujet d’une cohérence qu’il atteint dans la douleur. Ici, pas besoin de s’en soucier et c’est la tête dans les loopings que l’on se surprend d’avoir finalement accepté cette excursion.

Le retour du cauchemar à 20 000 pieds de « La Quatrième Dimension » fleurit pour une expérience rock’n’roll et « Shadow In The Cloud » promet tout le divertissement nécessaire pour justifier sa fougue. À aucun moment, il ne ressent le besoin de réclamer une médaille à l’arrivée, car il a déjà tout gagné en se plaçant à mi-parcours d’une Ellen Ripley revancharde et un Schwarzenegger qui castagne son Predator. Liang connaît également ses limites, que l’on peut lire distinctement dans les motivations d’une Maude, qui supplante la suprématie masculine par la sienne. Ce point noir en fait la déroute du personnage irréaliste, mais à regarder la scène d’ouverture cartoonesque, on ne pouvait que basculer dans un too much, vulgairement bien rythmé.

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