Soul


Au moment où Joe pense que son rêve est désormais à portée de main, un pas malencontreux l’expédie dans un endroit fantastique où il est obligé de réfléchir à nouveau à la signification d’avoir une âme. C’est là qu’il se lie d’amitié avec 22, une âme qui ne pense pas que la vie sur Terre soit aussi bien que ce qu’on veut bien lui faire croire…

Vivre un jour

Note : 3 sur 5.

Le deuil et son acceptation, ce sont des leçons de vie que l’on ne peut amputer au studio Pixar. Son identité étant toute faite et renouvelée d’année en année, ce que propose pourtant Pete Docter, après le voyage subconscient de « Monstres & Cie », la promesse transmise de « Là-haut » et la rêverie émotionnelle de « Vice Versa », est de l’ordre de la fascination pour un univers, où la mélancolie cohabite parfaitement avec esthétique qu’on lui dédie. On y affine encore plus les contours et le dynamisme de chaque action passée à l’écran, cette fois le petit. Hélas, mille regrets peuvent contrarier l’enthousiasme du public ou de Docter et ses scénaristes, Kemp Powers et Mike Jones. Ce que l’on discute autour d’une célébration de la vie et du goût de la vie laisse sans doute manœuvrer des interprétations contradictoires, avec ce que l’on nous présente d’entrée de jeu. Ou alors serait-ce intéressant d’enfin considérer cette œuvre comme l’ultime lettre d’adieu à une identité au sein de l’animation sous l’ère Disney ?

Si l’on se rapproche un peu plus du « monde d’après », c’est peut-être qu’un sentiment d’insécurité s’empare de notre quotidien, toujours plus cruel et qui nous laisse rarement une deuxième chance à nos échecs. Joe Garner, passionné par la musique et particulièrement par le langage spontané du jazz, se retrouve confronté à un dilemme au bout de sa vie, qu’il préserve justement au nom d’une carrière à succès. Mais toutes les vocations ne sont pas accessibles et un étrange échange, loin d’être inintéressant, évoque pleinement ces promesses perdues dans nos limbes et notre satisfaction du moment. Le récit le développe avec une grande clarté et une grande maturité, si grande qu’il pourrait égarer son jeune public aux portes de sa propre conscience. Ce qu’il y a de magnifique dans un message aussi déprimant qu’une vie en phase terminale, c’est de nouveau la passion et la nostalgie de pouvoir respirer et inspirer l’âme de chaque instant dans ce monde, comme dans l’autre. Mais ce que l’on nous apporte dans ce curieux « monde d’avant » dérange, par sa nature radicale et pessimiste d’amorcer une vie et de pouvoir la contrôler à son aise. Le sous-entendu de l’âme préconçue au triage des personnalités ne passe pas inaperçu et entre directement en conflit avec une liberté qu’on retirerait finalement au studio, comme on la prive au spectateur dont on impose l’introspection à travers leurs ambassadeurs immatériels. En quoi serait-il pertinent de vivre heureux et en paix uniquement à l’accomplissement de nos rêves ?

Les morceaux de jazz se retrouvent inachevés et empilés, sans que l’on prenne de temps d’enfin d’écouter et d’apprécier cette victoire qui se tient à portée de main. Mais cela justifie ainsi la réflexion du duo Joe-22, deux entités qui se révèlent polaires et qui partagent une vie encore plus grande que ce à quoi ils sont ou étaient destinés. Il fallait donc contrebalancer avec le métro, boulot, dodo dans un New-York qui condamne ses habitants dans le confort de la banalité. Cette description est souvent furtive, mais transpire d’une fièvre qui accompagne chaque chute individuelle et le visuel, mariant la 2D et la 3D, la dessert plutôt bien. Notons toutefois que la fluidité des scènes ne réclame plus une la mise en scène immersive et en accord avec une thématique aussi abstraite et qui laisse tant d’opportunités de nous transporter plus loin qu’un écosystème, dont les codes sont rapidement assimilés.

Quelques ondes parasites persistent toutefois dans quelques temps forts. Cette confusion invoque maladroitement quelques pointes humoristiques que l’on bombarde un peu aléatoirement sur le dénouement. On ne cherche sans doute plus à réunir de force les ingrédients du sanglot et le studio revient au coin du feu, afin de poser ses arguments et toute la tendresse qui ont fait de lui la célèbre incarnation du deuil, dont la page semble enfin se tourner vers des horizons plus primitifs, à ne pas confondre avec régressives. « Soul » bouscule ainsi cette acceptation de vivre et de mourir en ce jour. Dommage qu’il ne maîtrise pas entièrement son propos, et ne la rendre pas très accessible à tous, entre les cases qu’il coche et cette flamme de la vie qu’il prône et qui donnera un sens au point final de l’existence et de la conscience de tout individu.

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