Souterrain


Maxime, la vingtaine, travaille dans la mine d’or d’une petite ville du Québec. Ici, tout le monde se connait et tout le monde connaît la mine. A l’origine d’un drame qui a failli coûter la vie à Julien, son ami d’enfance, il est en proie aux doutes et à la culpabilité. Lorsqu’une violente explosion retentit sous terre, Maxime voit l’occasion de se racheter : il descend dans l’antre de la mine avec la ferme intention de ramener chacun de ses collègues et amis vivants…


Vivre dans l’ombre

Note : 3 sur 5.

Ce qui conduit des marginaux à travailler dans les entrailles de la terre, c’est bien sûr la nécessité de l’emploi. Des villes mutent et d’autres alimentent celles-ci, sans que le salaire d’une vie ne puisse en remplacer une, à l’arrivée d’un coup de grisou. Il a fallu une quinzaine d’années à Sophie Dupuis pour enfin voir aboutir son récit, où elle retrouve son Val-d’Or natal. Sa famille a cultivé toutes sortes de relations dans cette ville minière, mais ce ne sera pas pour autant le portrait du métier que l’on retiendra. La cinéaste québécoise n’est pas là pour suggérer une approche documentaire, mais plutôt pour cuisiner le spectateur au cœur de l’effort et de la fournaise. Et au-delà de cette intime collaboration, elle dépeint également une sincère fraternité et solidarité pour ces mineurs.

On part d’un souffle nécessaire, à répondre à l’urgence, mais lorsque les nerfs ne tiennent plus, on se laisse tout simplement dériver. C’est ce qui pourrait synthétiser l’ouverture, pesante et asphyxiante, qui mène à la tragique justification de l’état mental de Maxime (Joakim Robillard), qui confond la témérité et l’impatience. Nous virons ainsi, lentement, du portrait d’un groupe de travailleurs, tantôt farceur, tantôt joueurs, dont on ne remettra pas en doute leur autorité et leur engagement dans un métier qui les confine à manœuvrer dans les ténèbres, au solitaire. Il s’agit plus précisément du mal-être de l’individu, au sein d’une communauté et dont la vulnérabilité des relations se lit dans un simple jeu de regard. La réalisatrice l’aura déjà stylisé dans son « Chien de garde », mais ce sera sans doute un peu moins intuitif ici. Le secteur, majoritairement masculin, montre des failles évidentes dans la culpabilité du quotidien.

Maxime constitue cette âme mutilée, prêt à se racheter, mais jamais pertinent dans son approche, intrusive, percutante et qui ne laisse pas son entourage sans séquelles. Son ami, Julien (Théodore Pellerin), vit prisonnier d’un handicap, causé par sa négligence, et il demeure impuissant aux côtés de sa compagne pour qui la conception d’un enfant fait défaut. À partir de là, le personnage accumule un grand nombre d’illustrations mélodramatiques, qui ont le défaut de ne pas développer davantage son apprentissage. Cela freine même quelques envolées oniriques. Le sujet semble peut-être même trop « Souterrain » pour aborder correctement chaque cicatrice du passé, où les personnages n’existent et ne meurent que dans l’antre de la cupidité. Il faut bien le rappeler, que chaque mètre gagner dans le ventre de la terre expose un peu plus chaque mineur à son extinction.

Filmer la vie à l’intérieur et en dehors du décor boueux active une fascination instantanée pour le destin de ceux qui résistent. C’est ce qui en fait sa force, bien que le témoignage perde peu à peu en efficacité, le temps de descendre dans la fosse pour un drame ultime et évidemment attendu. À ce moment précis, plus rien n’a d’importance que la détresse de frères d’armes, à la fois déterminés à soutenir leurs camarades et convaincus d’un échec qu’ils ne pourront réparer. La sincérité de Dupuis bouleverse, tout comme ses interprètes, qui se démènent pour embaumer la fatalité, dans un cadre qui accompagne le groupe jusqu’au bout du tunnel.


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