The King’s Man


Lorsque les pires tyrans et génies criminels de l’Histoire se réunissent pour planifier l’élimination de millions d’innocents, un homme se lance dans une course contre la montre pour contrecarrer leurs plans.


Des balles perdues

Note : 2 sur 5.

L’univers de Kingsman est arrivé par surprise, sous des airs pop punk et avec un humour maîtrisé. Le premier volet garantissait la pleine puissance de ce curieux mariage de genres et le second aura perdu un peu de son souffle, en repassant par la case départ. Cette fois-ci, pas question de prolonger ce récit, du moins pas encore. Matthew Vaughn s’en va en guerre et doit remonter le temps, tout en badigeonnant ses repères historiques à la sauce Première Guerre mondiale. Il y a donc un peu de place pour également remonter jusqu’aux origines de l’agence de renseignement de sa majesté, mais cette affaire d’espionnage ne semble pas du tout compatible avec son style sauvage et d’un burlesque baveux. C’est le début d’une lente tragédie et d’une lente agonie, pour le spectateur, venu se recueillir devant un montage nerveux et d’un dynamisme à l’épreuve de l’ennui.

Ce démarrage boiteux aurait pu en rester là, dans une bulle de l’oubli, mais l’exposition s’étire tellement qu’on ne voit plus clair dans les enjeux. La malédiction dramatique du duc d’Oxford (Ralph Fiennes) le conduit à des principes pacifistes, mais cela ne tiendra pas longtemps dans les esprits. À l’opposé, son fils Conrad (Harris Dickinson) le confronte afin de s’enrôler pour sa patrie. Malheureusement, ce discours naïf ne prend pas, sachant que l’on aura droit qu’à de courtes séquences dans les tranchées et dans un no man’s land boueux. Cela dit en passant, il faut reconnaître la dextérité technique et de mise en scène de Vaughn, lors d’un assaut silencieux et qui répond habilement au sprint final de Sam Mendes, dans son « 1917 ». Et en dehors de ce chaos jubilatoire, on frôle la catastrophe. Des scènes complètement inutiles et des ruptures de ton sans effet nous rendent impatients d’en finir avec un spectacle qui vadrouille sur un terrain, que la cinéaste a lui-même miné.

Ce spin-off offre l’opportunité d’introduire des héros plus âgés, mais dont le fond ne reste pas assez mature pour finalement hériter de l’adrénaline des films précédents. On s’avance ainsi avec un sérieux justifié, mais qui nous prend rapidement à revers avec la sensualité répugnante d’un Raspoutine (Rhys Ifans) qui pousse la libido à sa propre caricature. Cela vaut toutefois le détour, car au-delà de sa mentalité sacrifiée, il reste une menace pesante sur nos héros. Ce ne sera pas un mystérieux cerveau, dont on cache le visage, qui viendra redonner de l’énergie au climax. Au contraire, on aura vite fait de découvrir son identité, mais la justification de ses motivations demeure encore plus navrante. On ne prend pas le temps de développement les personnages et ce n’est pas de talents qui manquent au casting, en témoignent les excellents Gemma Arterton et Djimon Hounsou, sous-exploités.

Ce qui devait redorer le blason d’une agence espiègle et incisif ne fait que nous énumérer grossièrement les reliques de la culture britannique, sans la rage ni l’envie de passer le cap de l’outrance. « The King’s Man » déçoit par des choix douteux, qui renforcent davantage sa confusion scénaristique, sans que la dose d’action puisse nous tenir en haleine, ou pire, éveillés. Cet épisode tourne la page à un certain style narratif, qui met trop de temps avant de tirer à balle réelle. Et quand bien même nous ne l’aurions pas vu venir, l’extase de renouer avec la saga laisse place à une soudaine envie de se laisser bercer par la fantasque caractérisation du guérisseur russe.


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