Three Thousand Years of Longing


Alithea Binnie, bien que satisfaite par sa vie, porte un regard sceptique sur le monde. Un jour, elle rencontre un génie qui lui propose d’exaucer trois vœux en échange de sa liberté. Mais Alithea est bien trop érudite pour ignorer que, dans les contes, les histoires de vœux se terminent mal. Il plaide alors sa cause en lui racontant son passé extraordinaire. Séduite par ses récits, elle finit par formuler un vœu des plus surprenants.


Un vœu pour deux

Note : 3 sur 5.

Si George Miller se fait plus rare dans le paysage du moment, c’est bien pour prendre du recul sur la création et la manière dont elle traverse les générations. Le titre ne cache rien et il passera effectivement par près de trois millénaires pour arriver à ses fins. Après la prouesse d’un « Mad Max : Fury Road » survolté, il nous revient avec un pseudo huis-clos, plus malin qu’il n’y paraît. En revisitant la nouvelle de A. S. Byatt (The Djinn in the Nightingale’s Eye) et en remaquillant les contes de « Mille et Une Nuits », il conçoit le portrait de l’imaginaire, où l’humanité et les récits se transcendent mutuellement. Le devoir de mémoire serait ainsi un détail dans ce format, qui justifie une envie de se ressourcer le temps d’une balade romantique, vocalement saisissant.

Le cinéaste australien place alors la narratologue britannique Alithea (Tilda Swinton) dans le sillage d’un récit qui démarre en amont, à l’époque de la reine de Saba et du roi Salomon, par exemple. L’intermédiaire pour s’y plonger n’est autre qu’un Djinn (Idris Elba), qui se questionne encore sur la nature humaine et leur sensibilité. L’ensemble est exploré sous l’angle de l’amour, aussi bien celui qui émeut, qui passionne ou celui qui trahit ses promesses. Ce génie, condamné à revivre les moments les plus difficiles de son existence, remet également en cause celle des humains qu’il a servis ou suivis. On en oublierait presque que trois vœux sont à exaucer pour la conférencière, de passage à Istanbul. Connaissant les risques qui affecteraient son âme, elle préfère passer son tour ou bien faire durer le suspense.

L’intrigue s’éparpille ainsi avec une facilité déconcertante, car le sens des transitions, des ellipses et par conséquent de la narration est à l’œuvre. Le sujet du film est en lui-même l’essence de son existence. Encore faut-il que le spectateur y croît, car tout le discours du long-métrage tourne autour de cet aspect mélancolique, qui affecte la qualité de lecture par endroit. Le voyage à monde ouvert se fait par l’incursion dans les souvenirs d’un Djinn ravagé et résilié, ce qui ne facilite pas la démarche d’Alithea, afin d’aider cet être à en faire le deuil. Ce qui manque alors cruellement à cette étape, c’est bien sûr une émotion, celle qui envoûte, celle qui enchante jusque dans la fantaisie que le réalisateur semble pleinement embrasser. Malheureusement, il n’y parvient pas toujours et il faudra sans doute attendre le dénouement pour se convaincre que toute cette odyssée n’était pas vaine. Hélas, ce sera bien trop tard pour que l’on profite de cette nouvelle complicité.

Pour le peu de moyens qu’on lui a laissé, Miller garantit un certain standing vis-à-vis de son film, qui ne cherche pas à être aussi épique qu’il puisse prétendre. Évidemment, des séquences sondent l’interprétation du conteur et celui du spectateur par la même occasion, mais l’on sent un peu trop de retenue et d’allers-retours dans ce « Three Thousand Years of Longing » (3000 ans à t’attendre). On le sent ainsi piégé dans le même réceptacle que son Djinn, qui est ici pour faire rêver les plus jeunes, tout en couleur. Mais pour ceux qui seraient un poil plus exigeant dans la manière de faire communiquer les époques et d’éponger la solitude qui les traverse, il y aura quelques obstacles à éviter avant d’atteindre la fascination.


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