Undercover


À Détroit, dans les années 80, au plus fort de la guerre contre l’épidémie de crack, voici l’histoire vraie d’un père d’origine modeste, Richard Wershe, et de son fils, Rick Jr., un adolescent qui fut informateur pour le compte du FBI, avant de devenir lui-même trafiquant de drogue, et qui, abandonné par ceux qui l’avaient utilisé, fut condamné à finir ses jours en prison.


Crystal Boy

Note : 3 sur 5.

Yann Demange est le genre de réalisateur franco-algérien qui n’hésite pas à se découvrir en dehors du territoire. Après nous avoir immergés dans une guerre civile dans « ‘71 », il nous revient avec une histoire hors du commun et pourtant bien réelle, sur les grandes lignes. Le début d’un trafic en tout genre est synonyme de tension, méfiance et de trahison. La cupidité est une chose qui ne peut acheter le respect et l’œuvre explore comment une relation père-fils peut entretenir cette atmosphère. Il s’agit alors d’un métier en plein essor et qui aura de l’impact sur ce territoire de Détroit. Le drame s’emploie à définir l’injustice sociale qui frappe les habitants, qu’ils soient directement impliqués ou non. Chaque mouvement a une conséquence et c’est parfois trop propre pour qu’on s’attarde sur l’action.

On s’intéresse alors à l’humain derrière le jeune délinquant, répondant au nom de Richard Wershe Jr. (Richie Merritt). Moins incisif qu’un militaire dans des ruelles d’un Belfast en ruine, ce nouveau protagoniste ne parait pas du tout désorienté. Avec assurance, le comédien lui donne un cachet d’empathie, pour un premier rôle de qualité. Et c’est en comptant sur un délicieux Matthew McConaughey qu’ils échangent avec sagesse. Il est le père de famille, protecteur et pédagogue, malgré ses maladresses à l’égard de son business. La leçon de vie sur l’indépendance prend alors une nouvelle dimension, dès lors qu’un garçon perdu évolue dans un environnement déjà empoisonné. Il n’a pas pu développer les anticorps nécessaires afin qu’il puisse s’affirmer. Il aura beau être le fournisseur, il tombe malheureusement en client puis en victime de sa propre démarche. Et il n’est pas le seul dans le collimateur.

Le système fédéral est également remis en question, car la drogue est avant tout un problème humain, plus qu’un problème matériel. L’échappatoire n’est jamais permise au jeune Richard, bien que l’on puisse croire le contraire auprès de son père. La justice ne peut avoir de sens si on continue à l’alimenter, sans morale ni loi. Alors que la première heure nous a habitué à un élan complexe et travaillé, ce sera sur le dénouement que la chute du personnage clé sera longue et classique. Néanmoins, la mise en scène sert correctement la tragédie qui accompagne cette mythologie américaine. Ce sera dans la narration qu’on s’y perd, à défaut d’avoir capté l’essentiel et les similitudes entre l’histoire de Wershe Jr. et les cicatrices intactes d’une Amérique, qui s’asphyxie de plus en plus.

Il est bien loin le rêve américain dans les bas quartiers de Détroit. « Undercover » conditionne sa noirceur dans un drame familial bien huilé. L’émotion manque cependant d’être placée au premier plan lorsqu’elle est nécessaire ou bien elle est complètement oubliée derrière une approche impersonnelle ou presque documentaire. Le réel infiltré dans cette affaire reste ces substances illicites, qui compromettent l’intégrité d’hommes, voués à devenir bon. Et cela entache également la crédibilité des forces de l’ordre, inaptes à gérer cette crise, qui se veut profonde et intimiste. La mise en garde et la campagne de sensibilisation se poursuivent.


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