War Pony


Deux jeunes hommes de la tri­bu Ogla­la Lako­ta vivent dans la réserve amé­rin­dienne de Pine Ridge. À 23 ans, Bill cherche à joindre les deux bouts. Que ce soit en fai­sant des livrai­sons ou en éle­vant des caniches, il est déter­mi­né à se frayer un che­min pour atteindre le “rêve amé­ri­cain”. Matho, 12 ans, est quant à lui impa­tient de deve­nir un homme.


En auto-stop

Note : 3 sur 5.

Si l’aura d’Elvis tourne autour du biopic attendu sur la croisette, il ne faudrait pas négliger la présence de sa petites fille, déjà connue à l’écran et qui fait son incursion dans la réalisation. Riley Keough, accompagnée de Gina Gammell, s’approche d’une réserve isolée du Dakota du Sud, afin d’évoquer une jeunesse à la traîne ou simplement conditionnée à un exil permanent. Comme les pattes d’une araignée qui rampe vers l’issue la plus proche, ces habitants ne font que vivre en marge des activités que le capitalisme soudoie. Le décor est alors planté, il ne reste plus qu’à donner un peu d’élan aux protagonistes pour en faire le portrait contemporain.

Un jeune homme, nommé Bill (Jojo Bapteise Whiting), sort promener son chien, un geste quotidien qui en dit déjà long sur le niveau de vie qui appartient à son patelin, où rien ne se passe fondamentalement. La chronique part ainsi sonder les écueils de la population, qui tourne en rond, en émiettant des perspectives raisonnables, du moins à court terme et malheureusement loin du rêve américain fantasmé. Crimes et délits mineurs forment ainsi un seuil qui touche la génération qui suit. Le jeune Matho (LaDainian Crazy Thunder) et ses amis sont livrés à eux-mêmes, quand bien même ils feront la rencontre de substituts parentaux. Chacun, à leur manière, file vers l’adulte qu’ils seront, soit condamnés à piétiner leur propre cliché ou bien à se réinventer à l’image d’un monde moderne et inévitablement hostile.

Le parcours de ces « bêtes humaines » s’inscrit dans une logique d’échecs, plus ou moins rattrapé par un scénario qui ne fait qu’égratigner ses sujets, bien trop précieux pour qu’on les fasse ramper dans la boue. Nul besoin d’en arriver là, mais le manque de tension est flagrant, tout comme ce récit cousu de fils blancs. Cela n’est pas pour déplaire, mais la face cachée d’une telle manœuvre a tendance à tourner en rond, au lieu de satisfaire le souffle des âmes perdues, qui peuplent la réserve et ses alentours. Il n’y a pas d’horizon ou assez de lumière pour les guider hors du fossé, mais nous prenons malgré tout un malin plaisir de suivre le commentaire de ses jeunes, démunis par leur statut. Ils auront beau chercher la stabilité et le confort d’une vie honnête, quel que soit leur âge, il faudra avant tout reconnaître cette peine qu’ils couvent, entre un road-trip éphémère et un business de chiots qui s’envenime.

En somme, « War Pony » indique sa férocité et sa radicalité, qui peut faire mouche, même au sein d’une communauté d’invisibles, divisée entre l’espoir de rentrer dans le rang et une culture familiale qui se reconstruit en auto-stop. Des étapes sont nécessaires pour s’affranchir de leur condition, mais le film ne questionne pas ses possibilités et préfère démontrer la tragédie qui les ramène toujours au point de départ. Grâce à des interprètes impliqués, il nous est possible de partager la sensibilité qu’ils défendent, de même que le peu de richesse qui leur reste. On demande tout de même à en voir plus de ce paysage abîmé, qui admet ses irrégularités et sa dose de sincérité.


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